jeudi 14 janvier 2010
Egypte
Les derniers événements à Nag Hammadi nous ont beaucoup affectés. D'autant plus que parmi les films que nous avons vus, il y avait Sometimes in April qui raconte le destin de quelques rwandais pendant le génocide de 1994. Il n'y a pas de parallèle entre les deux événements, bien sûr, mais le film soulève une question familière, savoir, le rôle du discours de haine dans les actes de violence. S'il faut beaucoup de force morale, de résistance spirituelle pour contrer l'effet d'une propagande désastreuse, il faut aussi beaucoup de sagesse et discernement pour redresser le discours. Nous ne pouvons pas négliger ni la sagesse ni la force (morale): il faut les promouvoir parmi nos populations. Je vois en cela un champ de mission urgent et indispensable.
Avant Sometimes in April, nous avons vu Schindler List, histoire vraie d'un industriel allemand opportuniste qui exploite les circonstances de guerre en Pologne et la main d'oeuvre juive qui était meilleur marché que la polonaise, mais qui découvre par-là qu'il peut sauver les vies de ces juifs et multiplie alors les efforts usant de toutes ses ressources pour sauver des vies. Ce film a ramené des souvenirs de lectures, d'autres films, de visites à des camps de concentration en Allemagne et en Pologne. De nouveau, j'ai pensé aux effets désastreux du manque de la résistance morale et du discernement devant les discours de haine et les ambitions de pouvoir. Une chose est sûre: personne de nous, même les plus "innocent", n'est de nature étranger à la violence terrible des génocides. Il nous faut la force et le discernement! Il nous faut une préaration adéquate pour que, le jour venu, nous ne soyons pas apathiques ou passifs devant les déchaînements de la violence. Mais que l'on redresse à temps le discours de haine en contribuant à un discours de paix et de réconciliation. Bienheureux les ouvriers de la paix, ils seront appelés enfants de Dieu.
J'écris cela, mais mon coeur va ailleurs, là où le discours doit le céder à l'oeuvre, chez les haïtiens frappés de malheur de plein fouet. Un grand sentiment d'impuissance me remplis. Que Dieu vienne à l'aide des secoureurs. Que Dieu soulage les souffrants et ait en son sein les âmes de ceux qui ont péri.
mercredi 9 décembre 2009
Pedro Claver
Plusieurs personnes généreuses ont voulu faire une contribution à différents apostolats dans lesquels je me trouve. Deux couples en Allemagne (je garde la discrétion sur leur identité)et une dame à Bikfaya ont pu donner jusqu'ici 7000$, 2000€, et 800.000 Livres libanaises pour cette caisse.
1000$ ont été donnés à une école de la montagne qui accueille beaucoup d'élèves dont la famille est incapable de payer la scolarité.
Une autre somme a servi pour payer les dettes d'un père de famille de la même région.
A l'association Bassma (http://www.bassma.org/evenements/ChristmasWish2009.asp) on offre des cadeaux de Noël. Au nom des bienfaiteurs, j'ai pu donner 1000$ pour de tels cadeaux.
J'ai acheté des billets pour le concert de Magida Roumi. Sr Noha sait bien à qui les donner.
La caisse Pedro Claver, en toute modestie, fait sa contribution pour un Noël plus joyeux.
Par ailleurs, Marcelle Jalkh s'est fait opérée il y a deux jours. Marcelle est une amie très chère. Son opération était très dangereuse. Elle va mieux maintenant. Elle est toujours aux soins intensifs. Je l'ai vue aujourd'hui. elle rayonnait comme d'habitude, me disant toute souriante qu'elle a très mal. Elle voulait que je reste plus longtemps, mais je ne voulais pas abuser de l'exception qu'on m'a faite à l'hôpital puisqu'on me recevait en dehors des horaires de visite.
Le 8 décembre, fête de l'Immaculée Conception, le P. Georges Khoury, SJ, nous a quitté avant même d'achever sa 101ème année. Une heureuse coincidance, puisqu'il a beaucoup oeuvré pour les Congrégations Mariales au Liban, dont la plupart s'appellent Congrégation de l'Immaculée Conception.
Dimanche prochain, nous célèbrerons la messe à la mémoire de George Mjaaes, qui, il y un an, nous quittait pour aller au Père.
Entretemps, mon travail à l'Université entre dans une nouvelle phase. Je cherche à faire connaître le programme dans les milieux qui pourraient s'y intéresser.
Voilà pour mes dernières nouvelles. A vous, lecteur(s), lectrice(s).
mercredi 25 novembre 2009
Une grippe pour muse
Une chose que je regrette en ces temps-ci, c'est que je ne lis pas beaucoup. Je dispose de peu de temps. J'ai beaucoup de projets et j'aime bien les poursuivre. Je ne me plains pas. Mais j'ai aussi des nostalgies pour les heures de lectures dont je disposais à Munich. Je me rappelle toujours que j'avais lu Once Upon a Country de Sari Nussaibeh en deux jours (et demi), oubliant souvent de manger et de dormir. Pour le moment, je lis The Islamist d'Ed Husain, un britannique originaire du Bangladesh, qui fut activiste dans le Hizb ut-Tahrir et qui a quitté par la suite le fondamentalisme islamique. Il y raconte son itinéraire et je trouve cette lecture enrichissante.
Si je fais d'autres lectures, c'est surtout pour préparer mes cours. Mes cours cette année tombent dans le domaine de la spiritualité ignatienne. Cela convient bien à mon Troisième An, mais retarde (encore!) ma thèse. Je refais l'expérience que les Exercices Spirituels de Saint Ignace sont pour moi un lieu de réflexion et d'expérience très accessible et très intense. Je me demande parfois si c'est à l'Université que je serai plus utile, si ce ne serait pas dans l'apostolat spirituel que je donnerais mon meilleur.
Jeudi soir, j'aurai une soirée d'adoration devant le Saint Sacrememt à l'Université avec les étudiants allemands du "Karawan". Cinq allemand(e)s et une Singapourienne sont au Liban depuis quelques semaines. Ils travaillent avec les handicapés de Deir el Salib, et suivent des cours sur le Liban et la Région à l'USJ. Ils sont adorables. Avec eux j'exerce un peu mon allemand.
samedi 7 novembre 2009
Marlène, George et d'autres encore
Quelques jours auparavant, j'ai rencontré Marlène et George à la "mie d'or" à l'ABC Mall. J'ai connu ce couple américain d'origine libanaise quand j'étais à Munich. Le travail de George Rizk l'y a conduit. Il fréquentaient la messe anglophone que je célébrais ou concélébrais dans notre Résidence à la Kaulbachstrasse. George et Marlène sont extrêmement sympathiques et puis Marlène cuisine terriblement bien. Erick et moi avons passé pas mal de soirées chez eux. Alors ils passaient par le Liban et j'ai l'immense joie de les retrouver.
Une autre joie de ce jour: ma soeur Janane, son fils Anthony, sont venus voir mes parents alors que j'y étais moi-même. Le 8 novembre (demain) c'est l'anniversaire de leur mariage, l'anniversaire de mon frère Joseph et la fête patronale de frère Jihad. Une grande occasion!
Les mauvaises découvertes dans ma voiture n'ont pas gaché la journée. Il semble qu'on a essayé de m'assassiner. Les roues de ma voiture ont été mystérieusement "défaits". Quand on est un personnage important il faut s'y attendre.
Demain, jour de repos dominical, je vais le matin chez les Franciscaines Missionnaires de Marie à Badaro pour parler avec le groupe missionnaire de leur mission à Nabaa, puis l'après-midi chez les petites soeurs de Jésus pour parler de la lettre aux Hébreux.
Je viens de voir le film Traitor. Moyen! Intéressant sur quelques questions éthiques. Il s'agit d'un musulman pieux qui veut déjouer les manipulations de jeunes musulmans par des islamistes.
Quoi encore!
Mon enseignement sur la structure et le dynamisme des Exercices Spirituels de Saint Ignace m'intéresse beaucoup. J'espère qu'il intéresse d'autres aussi, et en premier lieuceux et celles qui le suivent. Cet enseignement me donne des pistes innombrables pour la pastorale des Exercices, pour de publications ou pour d'autres enseignements.
Mon travail concernant la LPHC (raccourci devenu officiel de: Licence en philosophie et civilisation arabe), quoique toujours intéressant - malgré un temps de lassitude compréhensible - devient de plus en plus bureaucratique. Je trouve peu de temps pour des lectures et des projets proprement académiques. Le tutorat des scolastique est pratiquement le seul lieu de contact avec l'académique qui me soit resté (je ne compte pas le cours sur les Exercices).
samedi 31 octobre 2009
Pluie, couleurs et political correctness
Ce matin je suis dans le "mood" d'une nouvelle entrée sur mon blog.
Le temps est orageux. Fayrouz chante dans mon Ipod.
Les couleurs de Beyrouth par un temps orageux m'enchantent.
L'horizon a une couleur jaune pâle.
Alors qu'au-dessus de nos têtes un nuage sombre cache le ciel.
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Ce matin, très tôt, j'ai écouté la conférence de Bernard Lewis pour l'inauguration du colloque d'ASMEA (Association for the Study of the Middle East and Africa). La conférence est admirable de plusieurs points de vue. Lewis défend en quelque sorte l'orientalisme et le disculpe du soupçon d'impérialisme. Il remarque comment la civilisation européenne et occidentale s'est très tôt intéressée aux autres civilisations, à l'étude de leurs langues, de leur patrimoine, etc. et cela avant la tentation colonialiste. Cette attention portée à l'autre caractériserait l'Occident face à toutes les autres civilisations du monde. Il rappelle en cela les thèses avancées par Rémi Brague dans son "Europe. La voie romaine". En tout cas, vers la fin de sa conférence, il critique l'immunité accordée à l'Islam par le multiculturalisme et la "political correctness". Cette immunité que le Christianisme aurait perdue et que le Judaïsme n'aurait jamais connue.
Je suis complètement d'accord que si la political correctness vient aux dépens de la vérité, le projet intellectuel devient miné de l'intérieur et ne présentera plus aucune prétention à l'édification de l'espérance des hommes. Il aura perdu sa raison d'être. La vérité n'est cependant pas la simple factualité. Il y aurait une contradiction intérieure, par exemple, si on affirme que l'homme n'a pas d'horizon: si ce que l'on dit est vrai, le fait de le dire n'a plus de sens, puisque dire c'est proposer un horizon. Parler pour dire que parler est futile est une invitation au silence, à supposer que se taire serait moins futile, et puisque l'invitation au silence se passe dans la parole, alors la parole n'est plus totalement futile. Une certaine parole est encore salutaire. Ainsi, parler de la chose islamique ne dit rien si elle se cantonne à affirmer une factualité sans horizon. Je ne sais pas laquelle de ces deux formes de désistement intellectuel je déteste le plus: la political correctness quand elle vient aux dépens de la vérité ou le discours qui vide le discours de toute espérance. Si la parole n'édifie pas, soit parce qu'elle est castrée par un pseudo-respect stérile, soit parce qu'elle emprisonne la réalité dans des propos négatifs, elle perd son statut de parole de salut et se range dans le grand répertoire des expressions de la misère humaine.
Cela dit, la remarque de Bernard Lewis concernant l'immunité dont jouirait l'Islam et qui fut jadis le sort du Christianisme, mais jamais celui du Judaïsme n'a pas manqué de me choquer. Encore plus quand, après avoir écouté Lewis, je suis allé prendre mon petit-déjeuner, et j'ai lu dans le journal que Dieudonné a été condamné pour des propos antisémites. Je n'ai pas encore les détails, mais cela éveille en moi beaucoup d'émotions. Mes lectures sur l'holocauste m'ont donné un sens de ce que fut l'exposition des juifs, leur manque d'immunité. Dans la langue arabe, la racine h-r-m qui donne haram (interdit), horma (dignité), hermane (démunition), harim (harem), ehtiram (respect) exprime l'idée de la sacralité, de la dignité, de ce qui est interdit à la consommation, à l'instrumentalisation. Cette « immunité » est un dû. La personne humaine a droit au respect de son humanité. Mais je me demande si Bernard Lewis ne fait pas preuve de manque de sensibilité quand il dit que le Judaïsme n'a pas connu l'immunité que l'Islam connaît de nos jours. Il faut absolument qu'il rencontre des colons israéliens.
mercredi 21 octobre 2009
Nouvelles nouvelles
Un mot? Il y a beaucoup à dire.
La nouvelle licence est enfin lancée. Mille et un détails m'ont jusqu'ici diverti mais je ne regrette rien. Le programme est bon, le niveau élevé. Je ne donne aucun cours mais je fais le tutorat pour six étudiants, tous jésuites (l'anonyme qui voulait se joindre à nous a désisté). Depuis ma dernière parution sur ce blog je me suis inscrit en programme de doctorat à l'USJ à Beyrouth, puis je me suis retiré. Je n'ai pas le temps.
Pourquoi je n'ai pas le temps? Voilà la question!
Le lancement de la nouvelle licence est sans doute exigeant, mais à lui seul ne pourrait tellement me retenir. Il est vrai qu'il a fallu que je cherche des profs, que je rédige des textes pour expliquer, voire justifier, le projet, etc.
Cette année, je fais mon Troisième An. Il faut donner du temps à cette ultime étape de la formation du jésuite (à l'exception de la formation permanente, bien entendu). J'essaie de donner suffisamment du temps pour la lecture des Constitutions des Jésuites et autres textes.
Je donne un cours sur la structure des Exercices Spirituels de Saint Ignace. Il faut préparer les cinq séances. Ce n'est pas toujours évident.
Je fais du sport. Enfin, je dois faire du sport. Il est urgent que je fasse du sport. Il est inévitable que je fasse du sport. Je ne fais pas (assez) du sport! Aujourd'hui je commence un nouveau régime de vie pour essayer de me maintenir en bonne santé. Le médecin a insisté: il ne s'agit pas bêtement d'un régime alimentaire, c'est tout un régime de vie qu'il faut suivre. Bye bye doctorat pour cette année.
On m'a nommé conseiller spirituel du noviciat des Soeurs des Saints Coeurs. Un samedi par mois... ça va! Puis un mardi par mois je le consacre au séminaire grec catholique de Rabwé. Puis une soirée par mois pour l'équipe Notre-Dame que j'accompagne. Une autre soirée pour la CVX. Des accompagnements spirituels par-ci et par-là... Puis une fois le mois la réunion de Dar el Machreq...
Cette année j'ai changé de communauté. La communauté St Ignace qui m'accueille est en plein chantier: d'une part la communauté, bien que située dans la Tour Edouard (la Résidence des Jésuites), jouit maintenant d'une autonomie plus grande (= plus de responsabilités et de taches à accomplir pour les membres de la communauté), et d'autre part on est passé d'un régime de juvénat (les scolastiques y passent une année ou deux pour des études en islamologie et civilisation arabe avec des cours de langues française) à un régime de philosophat ad experimentum (les scolastiques y passent quelques trois ans) ce qui change la façon même d'habiter les lieux. Une conséquence immédiate: il faut repenser la bibliothèque... Par ailleurs, j'ai été nommé bibliothécaire!
Pourquoi donc je ne trouve pas de temps?
J'ai pourtant beaucoup de choses à raconter. Que j'ai commencé à rédiger mon journal. Que je n'y suis pas assidu. Que j'ai lu Nawal el Sa3daoui enfin. Que j'ai moyennement aimé. Que j'ai pris du temps pour bien m'approprier ma chambre dans ma nouvelle communauté et que j'aime bien le résultat final de semaines d'essais et de changements de décors. Que ma grande retraite cet été a été un temps de grace, que je trouve à peine le temps et l'énergie pour prier, que le Seigneur est Bon et que son Amour est éternel, que Albas, le nouveau chat estival que mon papa a apporté n'a pas attendu la fin de saison pour s'en aller, que Allen, mon neveu, est si drôle, que j'ai si envie de dormir. Demain c'est jeudi. Je ne dis pas la messe à l'Université à 7h25. On dit que la canicule est passée et que demain il fera plus frais.
Bonne nuit lecteur(s) (je pense parfois qu'il n'y a que toi qui lis mon blog, et en un sens, je ne peux qu'avoir raison. C'est toujours toi qui es là).
jeudi 17 septembre 2009
licence en philosophie et civilisation arabe
Le programme sera lancé la semaine prochaine. J'y donne deux cours et assure le tutorat pour 6 étudiants: cinq de nos scoalstiques et... un étudiant intéressé!!! Le lecteur ne se rend pas compte: avant même d'annoncer le programme, avant de faire le marketing, quelqu'un vient s'y inscrire. Cette inscription compte beaucoup pour moi: mes intuitions ne seraient après tout pas si déplacées par rapport aux gens.
A l'USJ je serai donc coordinateur de ce nouveau programme, enseignant de philosophie, je donnerai un cours dans le cadre du DUAC: Diplôme Universitaire en ACcompagnement spirituel, pour lequel j'assure aussi le tutorat. Le cours que je donnerai sera sur la structure des Exercices spirituels de Saint Ignace, sujet qui me passionne. Je ne serai plus aumônier comme l'an dernier (dommage, mais il faut faire des sacrifices).
Par ailleurs, je continue à accompagner quelques personnes spirituellement! Je ne serai pas tout-à-fait coupé de la pastorale!
Bien à vous,
Dany

